Georges BENSOUSSAN

Georges BENSOUSSAN

Auschwitz en héritage ? D’un bon usage de la mémoire

 

Histoire de la Shoah – Georges Bensoussan

Le rappel de l’horreur d’hier peut-il servir de leçon pour ne pas recommencer ? Certainement pas, répond Georges BENSOUSSAN, si on se contente de récits larmoyants, se terminant par la rituelle invocation « plus jamais ça ». C’est un questionnement politique qui est essentiel, faisant appel à la raison et non à l’émotion, pour sillonner les cheminements ayant conduit à l’enfer d’Auschwitz, aboutissement d’un processus intellectuel d’exclusion ayant partie liée avec les peurs identitaires les plus anciennes, et non pas « accident » de l’histoire.

« N’humiliez jamais, la victime peut mettre toute une vie à ne pas s’en remettre ». J. Bensoussan

Entre histoire et mémoire

La Shoah suscite aujourd’hui un sentiment de trop-plein et de saturation. En parle-t-on trop ou mal ? Ainsi évite-t-on d’interroger les structures de pensée d’un monde occidental, et germanique au premier chef, qui a conduit à ce désastre.

L’histoire de la Shoah, présentée et affadie sous la forme d’une religion civile (couplée au culte des droits de l’homme), induit l’idée erronée d’une parenthèse barbare. Or, Auschwitz n’est pas l’aboutissement de « l’intolérance » ni même du seul antisémitisme. Mariage de l’archaïsme et d’une certaine modernité, cette catastrophe demeure impensable sans référence au darwinisme social et racial, à l’eugénisme négatif, à l’impérialisme, au colonialisme et au racisme comme politique d’État, à la substitution enfin du biologique et de l’économique au politique. Comprendre le cheminement qui mène à Auschwitz ne revient ni à absoudre les criminels, ni à légitimer le crime, ni même à tourner la page. Interroger les phénomènes de mémoire collective autour de la Shoah (en particulier en France, aux États-Unis et en Israël), c’est montrer comment la mémoire, parce qu’elle sélectionne les faits, est un enjeu politique.  

À mille lieues de l’idéologie de la victime et du compassionnisme, il s’agit de proposer une autre leçon d’histoire : en réhabilitant le questionnement historien et politique, en interrogeant les liens de la culture et de la barbarie… Édition Fayard

Entre 1939 et 1945, l’Allemagne nazie, secondée par de nombreuses complicités, a assassiné entre cinq et six millions de Juifs européens dans le silence quasi complet du monde. Le temps lui a manqué pour détruire le peuple juif tout entier, comme elle l’avait décidé. Telle est la réalité brute du génocide juif, en hébreu : Shoah.
La décision de « faire disparaître » le peuple juif de la terre signait la spécificité d’une entreprise, unique à ce jour, de modifier la configuration même de l’humanité.

Tout le monde a longtemps pensé que l’enseignement rigoureux de l’histoire de la Shoah endiguerait la barbarie antijuive, ce que dément pourtant la situation française actuelle.

Dans des sociétés de plus en plus multiculturelles et fragmentées, la mémoire de la Shoah entretient une jalousie mémorielle qui alimente les communautarismes dont certains sont tentés de réduire le souvenir de cette tragédie à une “religion civile” synonyme de défense de l’ordre établi. Comment en est-on arrivé là ?

L’Auteur

Georges Bensoussan, professeur d’Histoire, Rédacteur en chef de la Revue d’Histoire de la Shoah (CDJC), et auteur de plusieurs ouvrages, dont Auschwitz en héritage, et Histoire de la Shoah (Que sais-je ?).

« J’éprouve une grande tendresse pour les mondes disparus depuis mon attachement à la paysannerie française »

1952 : naissance à Martimprey au Maroc.

1958 : arrivée à Paris.

1989 : Génocide pour mémoire (éditions du Félin).

2000 : il devient responsable éditorial pour le futur mémorial de la Shoah.

2002 : il dirige Les Territoires perdus de la République (Mille et une Nuits). Il publie Une histoire intellectuelle et politique du sionisme chez Fayard. Il est rédacteur en chef de la Revue d’histoire de la Shoah.

2008 : Un nom impérissable. Israël, le sionisme et la destruction des juifs d’Europe, 1933-2007 (Seuil).

2012 : Juifs en pays arabe. Le grand déracinement, 1850-1975 (Tallandier).

À ce « très grand amour » se superpose le souvenir douloureux de la Grande Guerre. Quand il sillonne la campagne française l’été à vélo, ce petit-fils d’anciens combattants s’arrête devant les monuments aux morts et lit les inscriptions. « La France ne s’est jamais remise de cette saignée qui a entraîné son naufrage, dit-il. C’est ainsi que je conçois l’histoire, avec sa dimension poétique, sensible, littéraire. À condition bien entendu de documenter l’émotion. »

Bibliographie

  • Une France soumise
  • Les Juifs du monde arabe
  • Histoire de la Shoah
  • Les territoires perdus de la République
  • Antisémitisme, racisme et sexisme en milieu scolaire
  • Emmanuel Brenner avec la contribution de Georges BensoussanAlain Finkielkraut
  • Sport, corps et sociétés de masse
  • Juifs en pays arabes
  • Revue D’Histoire De La Shoah N.19
  • Revue d’histoire de la Shoah N° 191, Juillet-Décembre 2009 : La Shoah dans la littérature nord-américaine
  • Un nom impérissable – Israël, le sionisme et la destruction des Juifs d’Europe, (1933-2007)
  • Auschwitz en héritage – D’un bon usage de la mémoire – Édition revue et augmenté